La convention USF 2026 a acté une réalité : la souveraineté sur SAP avance à petits pas. Pour les DSI de PME et ETI, l’attente d’un ERP qualifié SecNumCloud s’étend encore de plus de deux ans. Entre contraintes légales et pression géopolitique, l’arbitrage entre cloud souverain, coûts et conformité devient un exercice d’équilibriste.
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ToggleLe constat de Strasbourg : une souveraineté en construction
Les 14 et 15 octobre 2026, le Palais des Congrès de Strasbourg accueillait la 35ème convention de l’USF (Utilisateurs SAP Francophones). Le thème imposait la réflexion : « La souveraineté européenne : un défi pour garantir la confiance dans nos applications ». Gianmaria Perancin, président de l’USF, a ouvert le débat par une question directe : « Jusqu’où sommes-nous prêts à dépendre des autres ? ».
La réponse des membres de l’association est sans appel. Selon la 7ème enquête de satisfaction présentée lors de l’événement, près de deux tiers des répondants se disent concernés par les enjeux de souveraineté. Les motivations se divisent en deux camps presque égaux : 31 % y voient une contrainte légale, tandis que 32 % citent l’actualité géopolitique comme facteur déclencheur. Les entreprises ne veulent plus choisir entre souveraineté et innovation ; elles exigent les deux.
Pourtant, le calendrier déçoit. Si SAP France structure son offre de confiance, les DSI devront patienter plus de deux ans avant de disposer d’un ERP pleinement qualifié SecNumCloud. Ce retard à l’allumage contraste avec la dynamique outre-Rhin, où l’écosystème semble avoir pris plus d’avance.

L’offre SAP : entre partenariats hyperscalers et virage souverain
Longtemps réticent à investir pays par pays faute de cadre européen harmonisé, SAP a modifié sa stratégie. Après avoir privilégié les grands hyperscalers américains, l’éditeur a opéré un virage vers des offres immunes aux lois extraterritoriales des États-Unis à partir de la seconde moitié de 2025. Cette inquiétude reste la principale source d’anxiété des DSI français face au Cloud Act américain.
Les engagements sont lourds : un investissement annoncé de 20 milliards d’euros dans le cloud européen souverain d’ici 2035. Plus concret, un partenariat avec le Français Mistral AI vise à bâtir un ERP souverain dopé à l’intelligence artificielle. Ce projet, dévoilé lors du sommet franco-allemand sur la souveraineté numérique à Berlin en novembre dernier, marque une volonté de reprendre la main sur la stack technologique.
SAP propose déjà des offres d’hébergement cloud opérées depuis des datacenters situés en Europe, via des partenaires d’infrastructure. Ces solutions répondent aux exigences basiques de localisation des données. Mais pour les secteurs stratégiques, le cadre juridique impose des garanties supérieures. Le Cloud de Confiance, label porté par l’État via la DINUM et l’ANSSI, vise à garantir que les données sensibles restent opérées par des acteurs soumis exclusivement au droit européen. De même, le règlement européen Data Act et le cadre SecNumCloud structurent les exigences de protection contre les accès extra-européens.
PME et ETI : quels arbitrages concrets ?
Pour une PME ou une ETI, la migration vers un cloud souverain n’est pas qu’une question technique. C’est un arbitrage financier et opérationnel. Capgemini, partenaire majeur de SAP, souligne que les environnements souverains permettent de mieux maîtriser les données et les infrastructures sans ralentir la transformation. Ils facilitent aussi une adoption de confiance de l’IA, cruciale pour rester compétitif dans les secteurs réglementés.
Mais le coût de cette souveraineté reste élevé. Les offres « immunes » aux lois extraterritoriales impliquent souvent des architectures spécifiques, parfois moins standardisées que les offres hyperscaler globales. Les DSI doivent évaluer le risque réel de leurs données. Toutes les données ne nécessitent pas une qualification SecNumCloud. L’enjeu est de classifier : quelles données sont critiques ? Quelles sont les conséquences d’un accès illégal ?
L’approche intégrée proposée par les éditeurs et intégrateurs couvre les données, les infrastructures, le cadre juridique et les opérations. Elle respecte les principes « clean core » de SAP, essentiels pour faciliter les mises à jour futures. Mais pour une ETI, la complexité de mise en œuvre peut freiner l’adoption. La promesse de garder une capacité de choix, en mesurant ses risques et ses dépendances, reste théorique tant que l’offre mature n’est pas disponible.
Souveraineté SAP : comment anticiper l’offre 2028 ?
La souveraineté numérique n’est pas un interrupteur qu’on active. C’est un continuum. Attendre 2028 pour un ERP SecNumCloud n’est pas une option pour les DSI qui doivent migrer dès maintenant. La solution réside dans une approche hybride et progressive. Commencez par classifier vos données. Identifiez celles qui relèvent du secret des affaires ou de la vie privée. Pour le reste, les offres cloud européennes actuelles de SAP, bien que non qualifiées SecNumCloud, offrent déjà une meilleure protection juridique que les offres US brutes.
Ne subissez pas la roadmap de l’éditeur. Imposez vos clauses contractuelles dès aujourd’hui. Exigez la réversibilité. Préparez votre organisation à cohabiter avec plusieurs fournisseurs de cloud. La souveraineté, c’est d’abord la capacité de changer de fournisseur sans mourir. Si SAP tarde, les DSI proactives construiront leur propre résilience, indépendamment du label final.






